Quinzaine du 28 juillet au 10 août 2025 : L’ÉTÉ EN ARRIÈRE PLAN

Chaque semaine, retrouvez les coups de cœur du 5e Lieu !

Art de la lumière et du mouvement le cinéma a fait de l’été un motif d’élection. De La Piscine à Pierrot le Fou, de L’Été meurtrier à Plein soleil, on peut même dire qu’il fait dans ces films figure de personnage principal.

Il ne faudrait cependant pas que ces ouvrages éclipsent ceux si nombreux qui ont misé sur un été d’arrière-plan, faisant de celui-ci l’actif décorum et l’atmosphère indispensable pour servir leur propos.

Ce sont ces derniers qui nous inspirent (à l’heure où les salles obscures multiplient les reprises) la tentation, entre rétrospectives et profondeurs de champ, d’un double saut en arrière.

PROJECTION : LES ROSEAUX SAUVAGES – ANDRÉ TÉCHINÉ

Le Cosmos

Lundi 28 juillet 15h (grande salle)

Tarifs cinéma / Prévente : Caisse du cinéma et https://cinema-cosmos.eu/

Il fait beau. C’est important, le temps qu’il fait, dans les films d’André Téchiné. Le lieu aussi compte. Cette campagne du Sud-Ouest où le réalisateur a grandi, souvent tourné, et qu’il filme admirablement. Comme si la pellicule avait une sensibilité nouvelle au soleil, aux ombrages, aux vibrations de l’air. Il fait beau et, d’emblée, c’est beau. C’est le début des années 60. On est à la veille des accords d’Évian, et du bac pour les jeunes gens. Chacun ses échéances, ses  » heures graves « . Téchiné n’insiste pas. Il compose par touches, comme les petites flaques de soleil à travers les branchages. On devine les situations, on reconnaît peu à peu, sous une chanson paillarde et un tour de guinche, les personnages, les idées, les enjeux qui ne sont d’abord que des particules de sens qui s’agrègent et qui vont faire un monde, un monde complet, ouvert sur une époque, sur des drames qui deviendront présents sans qu’il soit besoin d’y aller voir ; ouvert sur les fractures et les béances qui marquent l’existence d’adolescents, dont on vérifie peu à peu qu’ils sont ici au centre de l’histoire.

La bande annonce, le synopsis et tout l’agenda du Cosmos : https://cinema-cosmos.eu/

CINÉ-CONCERT : L’AURORE – FRIEDRICH-WILHELM MURNAU

St Pierre le Jeune protestant

Vendredi 8 août 20h

Entrée libre

C’est l’été, le temps des vacances et du tourisme, dans un village situé au bord d’un lac. Un paysan délaisse sa femme et son bébé. Il est attiré par une vacancière venue de la ville.

Consacré « génie du cinéma allemand » après l’énorme succès du Dernier des hommes, Murnau est engagé par le producteur William Fox pour réaliser un film « infiniment cultivé, symbolique, bref tout à fait européen ». Le cinéaste rejoint Hollywood en juillet 1926, avec un sujet en tête et une totale liberté. L’Aurore, chant d’amour cosmique, va marquer l’histoire du cinéma à jamais. Avec son sens des plans et des mouvements de caméra, des éclairages et des valeurs de tons divins, un don unique pour créer une atmosphère et révéler toutes les facettes de l’âme, Murnau atteint une perfection formelle, inégalée, transformant les scènes les plus prosaïques en envolées hypnotiques et envoûtantes. Aux yeux de nombreux réalisateurs, critiques et cinéphiles, le plus beau film du monde.

Improvisations à l’orgue par Guillaume Nussbaum.

Le programme complet des « Vendredi soirs » : https://www.saintpierrelejeune.org/Les-vendredis-soir_r23.html

PROJECTION : LA BALADE SAUVAGE – TERRENCE MALICK

Star St Ex

Dimanche 10 août 20h15

Tarifs cinéma / Prévente : Caisse du cinéma et https://www.cinema-star.com/

Inspirée d’une histoire authentique, La Balade Sauvage nous conduit sur les traces de deux jeunes amants immatures et frénétiques, qui passent l’été 1958 à sillonner le Nebraska et le Wyoming en déchargeant leurs fusils sur quiconque croise leur chemin. Une cavale folle, un amour inconditionnel et primitif au milieu d’une nature vibrante filmée avec grâce.

Les premiers films rayonnent souvent d’une force lumineuse, et La Balade sauvage est l’un d’eux. En 1973, son auteur est un inconnu et quasi innocent, quand il se lance dans l’aventure sous les cieux éblouissants de l’Amérique des grandes plaines. La Balade sauvage, qui suit la piste de ces amoureux criminels façon Bonnie and Clyde, est un film où les idées fusent, tranchantes, lyriques, baroques, où l’univers du cinéaste se déploie avec une précision, une assurance et une liberté stupéfiantes. Tout de l’œuvre à venir est déjà là : avec la voix off, pure et mélancolique qui flotte depuis un au-delà étrange surplombant les passions, avec la nature qui plane et palpite autour de jeunes héros dont les rêves s’abîment à toute vitesse. Et déjà comme dans les films qui suivront un rapport au cosmos et ce sentiment d’appartenance à un au-delà métaphysique soulignés par la splendeur panthéiste.

À l’agenda des cinémas Star et Star St Ex : https://www.cinema-star.com/

PROJECTION : MANON DES SOURCES – MARCEL PAGNOL

Star St Ex

À partir du 30 juillet

Tarifs cinéma / Prévente : Caisse du cinéma et https://www.cinema-star.com/

Avant-dernier film de Marcel Pagnol, Manon des sources (1952) est le couronnement cinématographique et testament spirituel de l’écrivain et réalisateur français. Distribué sous la forme d’un diptyque (Manon des sources suivi de Ugolin), il donnera naissance onze ans plus tard à un roman qui développe des aspects du récit à peine évoqués dans le(s) film(s). Cette histoire d’eau, plus précieuse que l’or dans la campagne aride de l’été provençal, met en scène la convoitise, la lâcheté et la malhonnêteté de tout un village, ainsi que la vengeance d’une jeune femme dont le père a été dépossédé de ses terres. Ce film dont le ton oscille entre tragédie, lyrisme et farce rurale offre une galerie de personnages pittoresques et émouvants comme le conteur Pagnol les affectionne. On y admire avant toute autre qualité l’attention que le cinéaste porte au verbe, suspendant à plusieurs reprise l’action dramatique pour donner toute sa place à la logorrhée méridionale, chargée d’humour, d’images et de poésie.

Ressortie en version numérique restaurée.

À l’agenda des cinémas Star et Star St Ex : https://www.cinema-star.com/

PROJECTION : WANDA – BARBARA LODEN

Le Cosmos

Dimanche 3 août 18h, dimanche 10 août 18h10 (grande salle) / mercredi 30 juillet 15h30, mercredi 6 août 19h25 (petite salle)

Tarifs cinéma / Prévente : Caisse du cinéma et https://cinema-cosmos.eu/

C’est au milieu des terrils, dans une langueur d’été et le décor noir d’une région minière filmée dans un sale 16 mm sur fond sonore de pelleteuses, que débute Wanda… Elle que l’on voit se réveiller avec peine dans une maison en préfabriqué, habillée de blanc, coiffée de bigoudis, qui traverse si vaguement le paysage comme une astronaute flottant au-dessus de la cendre lunaire, qui se « laisse divorcer » et erre dans une Amérique à nu de folklore offrant l’image dégraissée d’un pays sans âme et sans dieu.

Barbara Loden, comme on parle d’écriture blanche en littérature, a un filmage blanc, d’où naît soudain l’émotion, crue, à vif. Dans 50 ans de cinéma américain, Jean-Pierre Coursodon et Bertrand Tavernier écrivent : « Wanda est un film où l’on a froid, où une gifle fait mal longtemps, où l’on a peur d’oublier l’ordre qu’on vous donne. » Wanda est bien cela, un cri de désespoir muet, un autoportrait d’autant plus violent qu’il est retenu, un portrait de femme angoissé et sans concession, une description accablée des exclus du capitalisme.

Présenté dans le cadre du cycle #21 En marges.

La bande annonce, les commentaires et tout l’agenda du Cosmos : https://cinema-cosmos.eu/