Semaine du 1 au 7 juin 2026 : L’ÉLASTICITÉ DES ATTELAGES

Chaque semaine, retrouvez les coups de cœur du 5e Lieu !

Lorsque nous voyons les causes communes forger d’indéfectibles amitiés, nos liens affectifs paradoxalement se renforcer avec l’éloignement ou la disparition de nos proches, qu’à force d’invention et de volonté nous parvenons à relier ce qui semblait ne  jamais pouvoir s’unir ou que nous ressentons en notre propre intérieur envers autrui la compétition de sentiments hésitants et contraires: nous avons devant nous – toutes variations d’intensité et de nature c’est une question de circonstances – l’étendue des ajustements qui affectent nos dépendances et attaches.

THÉÂTRE : LES PETITES FILLES MODERNES – JOËL POMMERAT

TnS

Mercredi 3, jeudi 4, vendredi 5 juin 20h ; samedi 6 juin 18h

32€ à 6€ / Prévente : billetterie du TnS au guichet, par téléphone au n° 03 88 24 88 24, en ligne à l’adresse https://tns.fr/

Dans cette nouvelle création, Joël Pommerat imagine, à la manière d’un conte contemporain, la rencontre de deux enfants prêtes à défier les règles du réel et l’autorité adulte pour protéger et sceller leur lien d’amitié. Rompu à l’art du conte, Joël Pommerat s’attachait jusqu’alors à en déjouer le merveilleux. Avec Les Petites Filles modernes, il prend le contre-pied pour la magie et le surnaturel, seuls véritables remparts face aux épreuves que traversent ses deux héroïnes. Confrontées aux lois du monde réel et aux adultes qui voudraient les séparer, elles opposent les forces mystérieuses de l’enfance. Leur amitié devient une arme si puissante qu’elle dépasse les limites du corps et de l’esprit, jusqu’à bousculer les liens entre enfants et adultes, ces derniers tout à la fois présents et absents. Pour cette nouvelle incursion au cœur des tumultes de l’adolescence, Pommerat imagine un « théâtre roman », où les événements se racontent en même temps qu’ils se vivent. Dans un univers en clair-obscur, les peurs et les cauchemars se déploient dans des espaces noirs et quasi-vides, à la lueur de vidéos hypnotiques. Une déambulation dans la construction de soi  envoûtante et sans leçon de morale.

L’actualité du TnS : https://tns.fr/

PROJECTION : ON THE EDGE OF LIFE – YASER KASSAB

Maison de l’Image

Jeudi 4 juin 19h

Entrée libre

« Plus près !… Plus loin… Là c’est flou, recule… Là tu es trop loin ! » : l’impossible accommodement visuel que le père du cinéaste, devant sa webcam, tente d’atteindre lors de leur conversation sur Skype, est placé en exergue de cette chronique autobiographique d’un déracinement décuplé par le deuil. Est-il possible pour Yaser Kassab de trouver la bonne distance avec la Syrie, qu’il a quittée sous les bombes et où son frère a été tué par un éclat d’obus ? Sourds à ses demandes qu’ils partent à leur tour, ses parents, dévastés par le deuil, dépassent les conversations banales pour se confier, comme jamais sans doute ils ne l’auraient fait dans d’autres circonstances. Réfugié en Turquie, le cinéaste y a trouvé avec sa compagne un travail qui donne au film son décor étrange : la halte autoroutière qu’ils entretiennent ensemble, semi-déserte, reflète leur vide existentiel. En mêlant ses conversations à distance et les bribes de son journal filmé, Yaser Kassab expose un « je » tiraillé entre un trop-plein de drame et un quotidien sans événement. Ce tressage restitue de manière convaincante et honnête l’essence même de l’exil : une vie au bord de la vie, hors du temps et de l’espace.

Proposé par l’association L’Épingle en partenariat avec Le Lieu documentaire.

Les projections du Lieu Documentaire : https://www.lelieudocumentaire.fr/projections-rencontres/calendrier/

RENCONTRE-LECTURE : ÉLÉPHANT & CIE – CLAUDIE HUNZINGER

MAMCS – Auditorium

Samedi 6 juin 15h

Entrée libre

La collection (un seul art), créée par Charles Dantzig, est publiée en coédition avec le Centre Pompidou. Durant les cinq ans de fermeture du Centre pour travaux, dix œuvres appartenant aux collections du musée continueront à vivre autrement, sous la plume d’un écrivain.

Dans L’Éléphant, Claudie Hunzinger compose un dialogue (platonicien ? diderotien ?) entre cinq personnages, une fiction autour de l’œuvre du même titre de Gilles Aillaud (1928-2005), grand tableau représentant un éléphant enfermé dont une défense est brisée. Jenny, Gabor, Capde, Lisa et Mohawk essaient de comprendre comment faire lien et s’adresser à cet animal qui ne demande rien et semble « une masse flottante abritant d’anciennes sensations et des souvenirs ». Il y a le tableau, mais il est là. Comment Jenny, qui a presque toujours vécu dans sa forêt et s’est passionnée pour les cerfs et les renards, peut-elle entendre ce qu’il aurait à lui dire, non pas de manière symbolique, mais très réelle, sur notre comportement envers les animaux et la nature ? Quelle est la présence réelle d’une œuvre d’art ? La représentation est-elle une essence ?

Le portail des musée de la Ville de Strasbourg : https://www.musees.strasbourg.eu/

PROJECTION : LA VIE APRES SIHAM – NAMIR ABDEL MESSEEH

Le Cosmos

Jeudi 4 juin 16h30 (grande salle)

Tarifs cinéma / Prévente : caisse du cinéma et https://cinema-cosmos.eu/

Namir et sa mère s’étaient jurés de refaire un film ensemble, mais la mort de Siham vient briser cette promesse. Pour tenir parole, Namir plonge dans l’histoire romanesque de sa famille. Cette enquête faite de souvenirs intimes et de grands films égyptiens se transforme en un récit de transmission joyeux et lumineux, prouvant que l’amour ne meurt jamais et même se renforce. La scène n’est pas dans le film, mais Namir Abdel Messeeh la raconte comme point de départ. Il offre un chat à ses enfants. Sa première pensée ? « Un jour, ils pleureront sa perte. » Ce n’est pas un programme mais un pressentiment : celui d’un film qui affronte la disparition — celle de sa mère, la fin de vie de son père — avec douceur et pudeur. La Vie après Siham cherche ainsi à réparer à travers le geste même de filmer. Il y a dans ce travail artisanal, bricoleur, une beauté fragile, faite de trouvailles, de silences, d’humour jusqu’au burlesque. « Quand j’ai choisi ce chat, j’ai aussi choisi d’accueillir la tristesse de la séparation. C’est un paquet. On ne peut pas avoir la joie sans la tristesse. » S’il n’y a pas de chat dans La Vie après Siham, il y a une renaissance, des sourires, de la chaleur humaine, un amour tenace à profusion et beaucoup de cinéma.

À l’agenda du Cosmos : https://cinema-cosmos.eu/

PROJECTION : MARICEL – ELIAS DIMITRIOU

Apollonia

Samedi 6 juin 20h30

Entrée libre

Du 5 au 20 juin 2026, Apollonia ouvre ses portes au cinéma chypriote contemporain en partenariat avec le Département de la Culture contemporaine chypriote du Conseil de l’Union européenne 2026 et avec le soutien de la Représentation permanente de la République de Chypre auprès du Conseil de l’Europe. À travers cette initiative, Apollonia transforme temporairement son espace en lieu de projection et de rencontre où la programmation met à l’honneur une nouvelle génération de cinéastes chypriotes. Entre récits intimes, questionnements sociaux, expérimentations visuelles et regards politiques, ces films témoignent de la vitalité d’une cinématographie encore peu montrée en France.

Le samedi 6 juin sera présenté (parmi d’autres films) le long métrage Maricel d’Elias Dimitriou qui nous décrit dans un village de Chypre, comment un couple de personnes âgées accueille à contre-cœur une employée de maison philippine imposée par leur fils. Ce qui pour Maricel, dans cet environnement quelque peu hostile, commence comme une simple tâche de soins révèle peu à peu un réseau de ressentiments silencieux, de dépendance affective et d’histoires tues, la forçant à évoluer dans l’espace délicat et troublant entre obligation et intimité.

Le programme détaillé du festival : https://www.apollonia-art-exchanges.com/fr/mois-du-cinema-chypriote/