Découvrez les nouvelles dénominations des rues et des écoles à Strasbourg en 2026

La Commission de dénomination des rues et des écoles de la Ville de Strasbourg s’est réunie le 25 juin 2026 : 21 nouveaux noms ont été adoptés en Conseil municipal le lundi 28 septembre dernier. Découvrez les espaces concernés !La dénomination des voies est une compétence réglementaire de la collectivité. Elle correspond à une obligation de service public et sert à de nombreux comme la poste, les services secours et vous-mêmes pour vous repérer dans la ville !

1 – Focus sur 4 dénominations en l’honneur des défenseuses et défenseurs des droits humains.

Cette année, 4 dénominations rendent hommages à des défenseurs et défenseuses des droits humains. Parmi eux, des résistant·es ou encore un ancien Garde des Sceaux, engagé en faveur de la justice, des libertés publiques, de l’abolition de la peine de mort et de la dépénalisation de l’homosexualité.

© European Union, 1998 – 2026, Attribution via Wikimedia Commons.

Dans le quartier du Wacken, à proximité des institutions européennes, un parc est en cours d’aménagement. Il est désormais nommé parc Robert Badinter (1928-2024).

Avocat et ancien ministre de la Justice, Robert Badinter naît à Paris de parents juifs d’origine russe. Alors qu’il est adolescent, une partie de sa famille est déportée. En 1951, il devient avocat au barreau de Paris, avant d’obtenir son doctorat en 1952, et de devenir professeur agrégé en 1965.

La même année, il fonde son cabinet, spécialisé en droit de la presse, droit d’auteur et droit des sociétés avec Jean-Denis Bredin. Il sera néanmoins chargé en 1971 de la défense de Roger Bontems, accusé de complicité de meurtre, à qui il ne parviendra pas à épargner la guillotine. Il défend par la suite plusieurs accusés risquant la peine de mort et devient membre de la Ligue des droits de l’Homme.

Membre du parti socialiste, il est nommé ministre de la Justice entre 1981 et 1986, sous la présidence de François Mitterrand. Il parvient à faire adopter son projet de loi sur l’abolition de la peine de mort, avant de porter la dépénalisation de l’homosexualité et le développement des peines non privatives de liberté. Président du Conseil constitutionnel, il s’engage dans la Commission d’arbitrage pour la paix en Yougoslavie. Élu sénateur, il est désigné rapporteur du projet de loi constitutionnelle relatif à l’interdiction de la peine de mort en 2007.

©Coll. Tamar Jacobs-Loinger, DR.

Sur le site des Hôpitaux universitaires de Strasbourg, dans le quartier de Hautepierre, l’actuel boulevard René Leriche est renommé boulevard Fanny Loinger (1915-1992). Ce changement de nom est la première traduction concrète et symboliquement forte des travaux menés par un comité d’experts sur le développement d’un protocole concernant les dénominations dites « problématiques » au regard des enjeux de mémoire actuels.

Résistante juive strasbourgeoise, Fanny Loinger est diplômée en 1941 de l’école d’infirmières-assistantes sociales de Strasbourg évacuée à Bordeaux. Infirmière à l’hôpital de Strasbourg replié à Clairvivre, elle y rencontre Andrée Salomon. Celle-ci lui propose de travailler pour l’Œuvre de secours aux enfants (OSE). À Marseille, elle s’occupe alors de réfugiés juifs en attente d’un visa pour les États-Unis. Lorsqu’ils sont internés au camp des Milles, elle les suit pour faire sortir les enfants clandestinement.

En 1943, elle est responsable de la région Sud-Est du réseau de sauvetage Garel. Elle prend le nom de Stéphanie Laugier et organise la survie de 400 enfants, répartis dans des cachettes sur plusieurs départements. À la Libération, elle travaille dans le service médico-social de l’OSE à Lyon, qui s’occupe de familles et d’enfants ayant échappé à la déportation. Après la guerre, elle est détachée auprès de l’American Jewish Joint Distribution Committee (Joint) et de la United Nations Relief and Rehabilitation Administration (UNRRA) afin de travailler dans les camps auprès des personnes rescapées de la déportation.

© Musée de la Résistance en ligne, DR

Dans le quartier de la Robertsau, un square situé entre la place du Corps-de-garde et la rue Boecklin est désormais nommé square Arthur Bossler (1906-1973).

Résistant strasbourgeois, Arthur Bossler s’engage dès 1925 dans l’armée de l’air française. Il y sert notamment comme sergent observateur photographe aérien, participant ainsi à des missions conduites par Antoine Poidebard, pionnier de l’archéologie aérienne au Proche-Orient. Rayé des cadres de l’armée d’armistice, il devient employé au service ravitaillement de la Ville de Strasbourg et habite à la Robertsau. Engagé dans la Résistance, il met sur pied une filière d’évasion, qui sera démantelée en 1942. Recherché par la Gestapo, il intègre le réseau Ajax.

Entre le 10 décembre 1944 et le 9 février 1945, il est lieutenant FFI responsable du secteur de la Robertsau et participe aux combats de la Libération de Strasbourg et de l’offensive allemande de janvier 1945. Il commande ensuite l’unité de La Robertsau du Bataillon des Volontaires du Rhin jusqu’au 13 mars 1945, avant d’être rappelé dans l’armée de l’air. Décoré de la Croix de guerre et de la Médaille militaire, il redevient employé de la Ville de Strasbourg.

© Coll. Rosenstiehl, DR

Dans le quartier du Neuhof, une allée située entre la rue de l’Indre et le chemin de Lycie est désormais nommée allée Alice Rosenstiehl (1906-1998).

Née dans une famille protestante à Strasbourg, Alice Rosenstiehl y suit une formation de jardinière d’enfants, avant de s’initier à la pédagogie Montessori à Fribourg-en-Brisgau. En 1931, elle fonde la crèche des usines textiles Carmichaël à Ailly-sur-Somme, dont elle prend la direction. Elle devient amie avec Jeanne Boullen, infirmière-assistante sociale du service de santé du département.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jeanne Boullen est une proche collaboratrice de Jean Moulin et épouse d’un poète juif autrichien. Craignant pour la vie de son fils Samuel, celle-ci demande en 1943 à Alice de le cacher, ce qu’elle fera pendant deux ans, l’emmenant avec elle à la crèche la journée et le ramenant chez elle pour la nuit. En 1996, Alice Rosenstiehl est nommée Juste parmi les Nations.

2 – Focus sur 4 dénominations de femmes architectes

Le réaménagement des espaces publics dans le quartier de la Meinau, dans le secteur de la rue Arthur Weeber, mettait déjà à l’honneur des personnalités en rapport avec le logement social. Cette année, 4 nouveaux espaces publics ont été nommés d’après des femmes architectes.

Une nouvelle allée entre la rue Schulmeister et la rue Auguste Brion porte le nom d’allée Jeanne Scelles-Millie (1900-1993).

Née à Alger, Jeanne Scelles-Millie est l’une des premières femmes à être diplômée en 1924 de l’École spéciale des travaux publics, et la première ingénieure architecte de France. Elle commence sa carrière comme ingénieure béton armé. En 1927, elle est nommée architecte-adjointe du Gouvernement général de l’Algérie. Jeanne Scelles-Millie est alors la première femme à diriger des chantiers en Algérie et le première femme ingénieure-architecte d’Algérie.

Résistante pendant la Seconde Guerre mondiale, elle perd l’usage d’un œil en 1941 et ne peut plus exercer. Elle se consacre alors entièrement au dialogue interculturel. Elle s’engage en 1957 dans le comité chrétien d’entente France-Islam. Elle publie plusieurs recueils de contes d’Afrique du Nord. Ses mémoires intitulées Algérie, dialogue entre christianisme et islam, sont publiées à titre posthume en 2003.

©Fondation Scelles, CC BY-SA

Toujours dans le secteur de la rue Arthur Weeber, une nouvelle rue reliant la rue Schulmeister au niveau du n°27 à la rue de Provence est nommée rue Édith Girard (1949-2014).

Architecte française, Édith Girard est diplômée en 1974 de l’école d’architecture de Paris-Belleville, avant d’y enseigner dès 1976. Elle marque un renouveau de l’enseignement de l’architecture, en participant à la création du groupe UNO, qui propose un enseignement de la méthodologie de projet et s’inscrit dans l’héritage du Corbusier. Elle y enseigne pendant 40 ans et est invitée dans des universités de par le monde. Elle cherche à transmettre à ses étudiants l’importance des implications humaines et sociales de l’architecture.

En 1977, elle fonde une agence avec son mari, Olivier Girard. Son œuvre est orientée vers le logement social. Sa vision est celle d’une organisation solidaire et humaine des villes. Elle cherche ainsi à ouvrir ses constructions vers l’extérieur et accorde une attention particulière à « l’émotion de l’habitant » et à son bien-être.

© Gitty Darugar

Un nouveau square, aménagé à l’avant du n°7 de la rue Arthur Weeber, est nommé square Françoise-Hélène Jourda (1955-2015).

Pionnière de l’architecture environnementale en France, Françoise-Hélène Jourda est diplômée en 1980 de l’école d’architecture de Lyon. Elle s’associe ensuite avec Gilles Perraudin pour créer une agence, qui concevra de nombreux projets d’envergure. Ainsi, en 1982, ils remportent le concours international pour le nouveau bâtiment de l’école d’architecture de Lyon. Leur projet est innovant par sa double-façade climatique et est aujourd’hui labellisé Architecture contemporaine remarquable.

Ayant créé sa propre agence, elle conçoit le premier immeuble à énergie passive de France en 2006. Engagée en faveur de l’écologie en architecture, elle enseigne l’écologie architecturale dans plusieurs universités et est chargée du volet architecture du Grenelle de l’environnement en 2007.

©Jourda Architectes Paris

Un deuxième square, également aménagé dans le secteur de la rue Arthur Weeber, à l’arrière du n°17 de la rue Schulmeister et à la perpendiculaire des n°3-5 de la rue Eugène Imbs, prend désormais le nom de square Léna Steinlen-Salomon (1909-2008).

Fille d’une lignée d’architectes protestants strasbourgeois, Léna Steinlen Salomon entre en 1927 à l’école régionale d’architecture de Strasbourg. Elle collabore avec son père – en parallèle de ses études – à la conception d’un certain nombre de bâtiments à Strasbourg. Diplômée de la Croix rouge en tant qu’aide-infirmière, elle est mobilisée en 1939-1940 et en 1944. Réfugiée dans la zone sud, elle est membre du réseau de résistance Goélette. Après la guerre, elle rejoint l’Inspection de l’Urbanisme pour contribuer à la reconstruction de l’Alsace et de la Moselle. En 1953, elle ouvre son agence qui œuvre essentiellement à Strasbourg et en Alsace sur des projets à vocation sociale, comme la maison de retraite Bethlehem ou des logements sociaux à Hautepierre.

© Collection privée, D.R.

3 – Focus sur sur 4 nouvelles dénominations sur le thème de la littérature

Dans le quartier de Hautepierre, de nouveaux espaces sont dénommés dans les mailles Brigitte et Éléonore, en respectant le thème de la littérature de ce quartier. Ainsi, quatre femmes de lettres donnent leur nom à ces espaces.

©Bilsen, Joop van / Anefo, CC0

Dans la maille Brigitte, une nouvelle rue reliant l’avenue Racine au collège Erasme prend le nom de rue Agatha Christie (1890-1976).

Romancière britannique, Agatha Christie, née Miller, écrit son premier roman policier, La Mystérieuse Affaire de Styles, pendant la Première Guerre mondiale. Engagée comme infirmière, elle devient assistante chimiste en pharmacie. La connaissance des poisons qu’elle en tire inspire ses écrits. Autrice de 67 romans, 190 nouvelles et 18 pièces de théâtre, elle est surnommée la « reine du crime ». Son œuvre a marqué durablement le genre du roman policier, mais également le cinéma. Son œuvre littéraire a en effet été adaptée à de nombreuses reprises. Elle est l’une des autrices les plus traduites et les plus lues dans le monde.

© Photographe inconnu

Également dans la maille Brigitte, une nouvelle rue partant de l’avenue Racine et passant entre les numéros 35 et 37 du boulevard Victor Hugo est nommée rue Leyla Saz (1850-1936).

Leyla Hanımefendi, qui prendra le nom de Leyla Saz en 1934 d’après un instrument de musique turc, est une compositrice et poétesse née dans l’empire ottoman. Elle grandit dans le harem impérial, son père étant médecin au service du sultan. Elle y étudie la musique dès l’âge de sept ans. Ses mémoires intitulées Le harem impérial et les sultanes au XIXe siècle, racontant ses souvenirs d’enfance, constitue un témoignage précieux pour les historiens de la vie au harem. Impliquée dans la presse à destination des femmes, elle y publie ses poèmes à partir de 1887 et fait partie d’une rédaction. Au total, elle aura composé environ 200 œuvres musicales, dont une partie a été perdue dans l’incendie de sa maison en 1920.

© Photographe inconnu — Anne Frank, 1942

Une place située devant le collège Erasme, dans la maille Brigitte prend le nom de place Anne Frank (1929-1945).

Anne Frank grandit dans une famille juive allemande, qui émigre en 1933 à Amsterdam pour fuir le régime national-socialiste. En juin 1942, Anne reçoit un journal pour ses treize ans. Le mois suivant, la famille est obligée de se cacher pour échapper à la déportation. Elle vit pendant deux ans dans l’annexe du bâtiment de l’entreprise de son père, avec la complicité de certains employés. Anne consigne son quotidien entre 1942 et 1944 dans plusieurs journaux successifs, et commence à les retravailler dans l’objectif de les publier. Elle rêve de devenir écrivaine ou journaliste. En 1944, la cachette de l’annexe est découverte et la famille arrêtée. Anne Frank décède du typhus en février 1945 au camp de Bergen-Belsen. Son père survit à sa déportation et récupère les journaux, qu’il publie sous le titre L’Annexe aux Pays-Bas en 1947. Le Journal d’Anne Frank est traduit dans plus de 70 langues et adapté au cinéma.

© Reino Loppinen / Lehtikuva

Dans la maille Éléonore, une impasse située devant l’école maternelle B est nommée impasse Tove Jansson (1914-2001).

Tove Jansson est une écrivaine, peintre, illustratrice et dessinatrice de bande-dessinée issue d’une famille d’artistes. Son père est un sculpteur finlandais svécophone et sa mère une illustratrice suédoise. Elle grandit à Helsinki. En 1945, elle publie le premier volume des aventures de Moomin, Moomin et la grande inondation. Cette série de neuf livres pour enfants fait par la suite l’objet d’une bande-dessinée publiée en feuilleton dans un journal, ainsi que de plusieurs dessins-animés. À partir des années 1960, Tove Jansson se tourne vers la littérature pour adultes. Le Livre d’un été paru en 1972 est considéré comme un classique de la littérature nordique. Tove Jansson se considérait autant peintre qu’autrice et a exposé ses œuvres à de nombreuses reprises.

4 – Découvrez la suite des dénominations dans les différents quartiers de Strasbourg :

  • Quartier Cronenbourg : l’allée Maryam Mirzakhani (1977-2017).
  • Quartier Neuhof : l’allée Mathilde Brini (1919-2011).
  • Quartier Meinau : le parc Jeanne-Louise Garnier (1912-2005).
  • Quartier Port du Rhin : 3 dénominations avec l’allée Ursula Hirschmann (1913-1991), la promenade de la Cour des Douanes et le parc de la Cour des Douanes.
  • Quartier Neudorf : le square Pina Bausch (1940-2009).
  • Quartier Grande-Île Finkwiller : le quai des Musées.
  • Quartier Wacken : l’allée Edmée Chandon (1885-1944).